Bécassine a 100 ans !
Quand le personnage a-t-il vu le jour ?Bécassine, la première héroïne de bande dessinée, a fêté ses cent ans le mercredi 2 février 2005 et divers événements vont ponctuer l'année de son centenaire, dont l'édition de deux ouvrages dès janvier chez son éditeur fidèle, Gautier-Languereau.
Bouille ronde et nez en bouton, simple et ingénue, Bécassine est née le 2 février 1905, dans le tout premier numéro de la
Semaine de Suzette. Succès immédiat, à la surprise même des éditeurs, et Bécassine devient même la vedette du journal. Dès le début, Bécassine a été croquée par
Joseph-Porphyre Pinchon, tandis que les premiers textes étaient signés "tante Jacqueline" pour Jacqueline de Laroche, qui les écrivit au pied levé pour éviter une page blanche, un auteur ayant fait faux-bond au dernier moment. Très vite, Maurice Languereau, neveu de l'éditeur de la Semaine de Suzette, Henri Gautier, reprit le flambeau sous le pseudonyme de
Caumery (anagramme de son prénom) et donna épaisseur et humanisme à la jeune fille.
99 courts récits dans le journal des petites filles sages de 1905 à 1913 puis 28 albums jusqu'en 1950, sans compter les rééditions encore et toujours de nos jours : les aventures d'Annaïck Labornez, dite Bécassine, la petite Bretonne au cœur d'or, naïve ô combien!, mais pas du tout idiote pour autant, ont traversé les âges.
Pourquoi est-elle bretonne ?Le premier dessin ne dit pas du tout qu'elle est bretonne. Elle vient de Clocher-les-Bécasses, un village totalement imaginaire. Mais on va vite lui coller une image de bretonne, dans cette période d'exode rural: en 1900, sur les 150.000 bonnes de maison qui travaillent à Paris, 100.000 sont bretonnes. A partir de 1913 et du premier album, Elle a désormais un nom, Annaïk Labornez, une famille et son village se situe au fin fond de l'Ouest armoricain, près de Quimper. Elle travaille à 10 ans, devient apprentie couturière, puis serveuse chez le restaurateur Bogozier avant d'être embauchée par la marquise de Grand-Air à Paris.
Comment est-elle sortie de la tête de Pinchon ?Bécassine est sortie de sa tête de manière automatique. Je pense que ce Picard s'est inspiré de la «grande sotte», une gargouille de la cathédrale d'Amiens. Lui et son frère Emile ont été placés par leurs parents chez les jésuites à Amiens. Leur oncle, un chanoine vivait au chapitre de la cathédrale, et les deux frères ont passé beaucoup de temps dans l'édifice. Son dessin de Bécassine est une réminiscence de la sotte de l'iconographie traditionnelle. Pinchon avait deux préoccupations: le réalisme et l'exactitude historique. On retrouve ce souci dans ses albums, et plus tard dans son travail de directeur artistique à l'Opéra.
Pourquoi Bécassine est-elle interdite pendant la seconde guerre mondiale ?Les albums parus pendant la Grande guerre ont eu un succès considérable. Bécassine est patriotique, mais ni guerrière ni belliciste. Les aventures de Bécassine se déroulent dans les arrières et révèlent l'état général des civils, les problèmes de ravitaillement. Les Allemands saisissent les albums quarante-huit heures après leur arrivée à Paris en 1940. Otto Abetz, enseignant en dessin, connaissait sans doute la portée du personnage. C'était peut-être aussi un gage donné au Parti nationaliste breton qui s'était à plusieurs reprises élevés contre le personnage. En même temps, la censure sera presque une chance pour la maison Gautier-Languereau qui redémarre après-guerre vierge de tout soupçon collaborationniste.